Être prof en zone rouge

Le premières semaines de l’année scolaire 2020-2021 se sont déjà envolées. Wow. Cette rentrée a définitivement été ma plus rock n’ roll: en plus du contexte de pandémie, je suis retournée enseigner au secondaire après onze mois en congé parental et en faisant le saut du privé au public. Inutile de vous dire que je suis déjà à bout de souffle, tout comme plusieurs de mes collègues. Et que j’ai déjà manqué quelques jours de travail pour cause de soupçon de COVID-19.

Malgré cela, je désire vous partager mes impressions sur le joyeux chaos qui règne dans les murs d’une école secondaire ces jours-ci. Ma collègue autrice a écrit un magnifique texte sur l’adolescence, qui a été partagé abondamment avec raison. Ces jeunes, je les côtoie au quotidien. Oui, ils se foutent parfois des règles, comme d’autres membres de notre société. On leur rappelle de porter leur masque sur leur nez, comme on leur rappelle d’enlever leurs écouteurs dans le corridor. « Ah, scusez madame, j’avais oublié… »

Le premier jour d’école, j’ai ressenti tout de suite le besoin énorme de mes élèves de tout simplement connecter. De jaser. De créer un lien d’attachement avec un adulte en-dehors de la maison. Plusieurs avaient aussi une petite boule d’angoisse: est-ce que mon prof va rester toute l’année, allons-nous retourner en confinement bientôt? Je leur ai dit ouvertement que, moi aussi, je ressentais beaucoup d’anxiété. Pour ma part, j’ai tout misé ces dernières semaines sur la construction de cette relation de confiance avec mes jeunes. Ça, et l’inscription à Classroom, au cas où je devrais enseigner à distance…

Des histoires d’absurdités et de pas-de-moyens, il en existe des tonnes, et ce, dans chaque école du Québec. Au secondaire, les « bulles » éclatent dès que les élèves sortent de leur classe. Les enseignants doivent constamment courir d’un local à l’autre entre les cours et désinfecter les surfaces lors de chaque déplacement. C’est vrai que ce n’est pas facile et que le personnel est dur à trouver. Les mesures sanitaires sont lourdes et peuvent être oubliées en une fraction de seconde, faisant que tous les autres gestes posés semblent foutre le camp.

Je vis avec le poids de cette pandémie tous les jours à mon travail. Mais je suis aussi en relation avec des êtres humains à la fois fragiles et résilients qui ne demandent qu’à apprendre et connecter avec les autres. Je suis heureuse de ne pas avoir eu à prendre de décision entourant le retour en classe au Québec, parce que je suis partagée entre ces responsabilités que les éducateurs ont envers la population: protéger et accompagner dans la mission de l’école. Plus de moyens financiers, je ne dirais pas non, cependant.

Les nouvelles mesures qui sont entrées en vigueur cette semaine (le port du masque en tout temps, par exemple) ne feront pas de tort. Les surprises qui nous sautent au visage en point de presse, bien qu’elles aient un fond de bienveillance, accentuent le climat d’anxiété. On efface et on recommence. On s’adapte. On se « réinvente ». Ça, mes collègues professionnels et moi, nous sommes capables de le faire. C’est pour cela qu’il faut valoriser la profession enseignante. En passant, cela ne se fait pas en appelant des parents ou n’importe quel détenteur d’un diplôme d’études secondaires en renfort pour du gardiennage pédagogique…

Ce que je sais, c’est que je ferai de mon mieux pour enseigner le français à distance si cela devait arriver. En plus, je suis plutôt à l’aise avec la technologie (ce qui n’est pas le cas de tous mes collègues). Par contre, je suis heureuse d’avoir fait la connaissance de mes élèves en personne, parce que vivre des émotions ensemble, ça ne se passe pas pareil en virtuel.

Je conclus en constatant que mon texte semble aller dans toutes les directions, un peu comme moi au travail. Mais j’ai aussi écrit avec mon coeur, parce que c’est comme ça que j’enseigne, avec une grosse dose d’amour et de bienveillance pour les jeunes âmes devant moi.

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