La femme derrière la fausse couche; beaucoup plus qu’une simple statistique

Les feuilles changent de couleur et tapissent tranquillement le sol. À chaque année, cette période m’alourdit toujours un peu le coeur. Même s’il berce l’ensemble de nos anniversaires, le passage de l’automne à l’hiver me replonge il y a 11 ans alors que je vivais un grand deuil. Le 28 septembre 2012, je passais un test de grossesse dans la petite salle de bain de notre appartement de St-Vincent-de-Paul. Nous étions nouvellement mariés et essayions depuis près d’un an. Ça aura pris un peu plus de temps qu’espéré mais nous y arrivâmes.

Je dînais dans la salle du personnel et partageais à mes collègues à quel point mon appétit était insatiable. C’est à ce moment qu’une d’entre elles me dit que je devrais peut-être passer par la pharmacie après mon shift. J’étais déjà une habituée puisque j’achetais des tests à tous les mois. Je les plaçais devant le fenêtre en espérant que les rayons du soleil puissent contribuer à la petite lueur d’espoir qui m’habitait. Le coeur m’a fait 8 tours au moment où la deuxième petite ligne fit son apparition sur le précieux bâtonnet. J’ai appelé mon amie Marie-Ève en premier, ma mère par la suite et j’ai gardé la surprise pour mon amoureux à son retour du travail.

Mon rendez-vous chez le doc n’avait même pas encore été confirmé que tous nos amis étaient déjà au courant. J’avais 26 ans et je n’avais jamais encore entendu parlé de la « règle des 3 mois » et encore moins des statistiques douloureuses qui venaient avec. Dans ma tête et mon coeur, j’allais donner naissance à un magnifique bébé d’été, prévu au début du mois de juin; un p’tit Baptiste quoi! Nous avions des noms, magasinions une maison et une garderie puisque le petit coeur avait finalement été entendu.

Je portais des jeans American Eagle et un col roulé ligné de type marin bien ajusté qui mettait parfaitement en valeur mon p’tit bid de 11 semaines. Nous étions dans les boîtes par-dessus la tête car nous devions passer chez le notaire dans moins de 10 jours. Je passais par l’appart pour récupérer quelques trucs car je venais tout juste de passer par notre future maison avec ma grand-mère pour y prendre quelques mesures. Une petite pause pipi qui s’est terminée en panique à l’urgence de la Cité de la Santé de Laval. Ma mère est arrivée en premier et j’étais inconsolable. L’infirmière au triage m’a dit que je faisais probablement une fausse couche et qu’au stade de ma grossesse, il n’y avait rien à faire et que l’embryon allait finir par évacuer par lui-même. J’étais sous le choc. On m’a donné une grosse serviette sanitaire et on m’a dit de ne retourner les voir seulement si un caillot se logeait dans ma culotte. Après plus de 12 heures d’attente à pleurer dans les bras de mon chum, on m’a finalement appelée dans le bureau du médecin pour une échographie d’urgence. Il était presque minuit et le doc m’a demandé au moment où il passait son instrument sur mon ventre légèrement arrondi si j’étais bien certaine qu’il y avait jadis eu un coeur…

J’ai quitté l’hôpital avec une prescription de pilules abortives, des capsules de codéine et les yeux bouffis. Nous étions anéantis. Notre petit monde s’écroulait et nous ne l’avions pas vu venir. Je faisais maintenant partie des statistiques et c’est exactement ce qu’on n’a cessé de me répéter pour les semaines qui suivirent. Je n’aurais pas dû annoncer ma grossesse aussi tôt dans le processus, je n’aurais peut-être pas dû lever des boîtes ou appeler à la garderie. C’est aussi ce qu’on n’a cessé de me répéter.

« Certaines femmes se sentent coupables par rapport à ce qu’elles ont fait ou n’ont pas fait en début de grossesse, parce qu’elles pensent avoir causé la fausse couche. »

INSPQ

C’est un deuil et il faut le reconnaître. Il faut arrêter de minimiser l’impact de ces pertes pour les familles qui les vivent. Même si c’est 1 sur 5.

J’ai eu 3 grossesses qui se sont terminées abruptement durant le premier trimestre. Plusieurs femmes de mon entourage ont également grandement souffert de ces pertes en début ou en cours de grossesse. Nous avons souvent été incomprises, précipitées dans le retour à la normale, poussées à nous en remettre parce que c’était sûrement mieux comme ça.

J’aimerais vous dire que tout fini par s’arranger mais ce n’est pas vrai pour toutes. Les paroles ont un grand impact dans le processus de guérison et il vaut mieux faire preuve d’empathie et soutenir la maman par de petits gestes que de l’étouffer avec une montagne de phrases préfabriquées. Certaines n’y parviendront jamais et cumuleront les pertes alors que d’autres vivront des grossesses idéales. Chose certaine est que chaque fausse couche est pénible autant physiquement que mentalement, que la grossesse soit désirée ou non et ça, je peux en témoigner. Nous avons toutes nos histoires à raconter, nos blessures et nos deuils et il est primordial d’humaniser davantage les arrêts naturels de grossesse et ce, même si ce dernier se produit lors du premier trimestre.

« Le décès d’un bébé à naître peut entraîner un deuil au même titre que le décès d’une personne ayant vécu. Il ne doit pas être minimisé. »

INSPQ

Le 6 novembre dernier a souligné le 11ème anniversaire de ma première fausse couche. J’ai monté mon sapin, j’ai regardé la p’tite photo froissée de mon écho et j’ai eu une pensée pour toutes les mamans qui ont encore un souvenir bien précis du p’tit poussin qui s’était jadis blotti dans leur nid.

Voici quelques ressources qui pourraient vous être utiles:

Ressources-naissances

INSPQ

SOS Grossesse

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