Au PHI, l’artiste montréalaise KROY dévoile ces jours-ci ANIMACHINA II.0 – submission & oblivion, une œuvre hybride entre performance, installation et expérimentation sonore qui pousse encore plus loin sa fascination pour les robots.
Pour plusieurs, Camille Poliquin est d’abord connue comme la moitié du duo électropop Milk & Bone. Mais avec ce nouveau projet présenté au PHI, elle révèle une facette plus radicale et multidisciplinaire de sa pratique artistique, une démarche où la musique devient presque secondaire devant la performance, la technologie et la relation troublante entre l’humain et la machine.
Cette nouvelle mouture d’Animachina agit comme la suite directe de ANIMACHINA – animisme et némésis, présenté en 2022. À l’époque, KROY explorait déjà sa fascination mêlée de peur envers les robots industriels, notamment les bras mécaniques KUKA qui occupaient la scène comme des partenaires de danse inquiétants.
Quatre ans plus tard, le rapport de force a changé.
Dans ANIMACHINA II.0, les robots ne sont plus simplement des outils ou des extensions de l’artiste : ils deviennent presque les figures centrales de l’œuvre. Selon la description du projet, KROY semble maintenant occuper le rôle d’assistante, de source ou même d’élément au service de la machine. Une inversion subtile, mais profondément dérangeante.
Le résultat est difficile à classer. On parle ici de six performances conçues en collaboration avec Jonathon Anderson et le laboratoire Design + Technology de la Toronto Metropolitan University. Des instruments ont même été créés spécialement pour être joués par les robots : une flûte à cinq têtes imprimée en 3D, un tambour d’acier façonné par un bras robotisé et un instrument de corde aux vibrations captées par microphones.
Derrière l’esthétique futuriste, Animachina pose surtout une question très actuelle : quelle place sommes-nous prêts à laisser aux machines dans nos vies?
KROY ne présente pas les robots comme une menace dystopique sortie d’un film de science-fiction. Au contraire, son travail semble nourri par une réelle fascination pour leur précision, leur froideur et même leur potentiel émotionnel. Dans la première version du projet, l’artiste parlait déjà d’une forme de « symbiose » entre elle et les machines.
Cette fois, cette symbiose paraît avoir évolué vers quelque chose de plus ambigu, presque une soumission volontaire.
C’est probablement ce qui rend l’expérience aussi captivante. En observant ces robots performer, jouer de la musique ou réagir aux mouvements humains, le public est constamment placé dans une zone inconfortable. Qui contrôle réellement qui? Jusqu’où peut-on projeter des émotions sur une machine? Et pourquoi cette présence mécanique semble-t-elle parfois plus rassurante que les interactions humaines?
Le projet résonne particulièrement dans notre époque saturée d’intelligence artificielle, d’algorithmes et de technologies omniprésentes. Sans jamais tomber dans le discours alarmiste, KROY transforme ces préoccupations collectives en une expérience sensorielle presque intime.
Il faut aussi souligner à quel point ce projet confirme l’évolution artistique impressionnante de Camille Poliquin qui s’impose ici comme une artiste de performance complète, capable de fusionner musique, technologie, scénographie et réflexion sociale dans une même proposition.
Et c’est peut-être là la plus grande force du projet : réussir à rendre profondément humain un dialogue avec des machines.
Dans les salles sombres du PHI, entre les mouvements précis des bras robotisés et les textures sonores inquiétantes, KROY ne nous parle pas seulement du futur. Elle parle aussi de solitude, de contrôle, de fascination et du besoin universel de connexions, même lorsqu’elle passe par le métal, les capteurs et les algorithmes.
ANIMACHINA II.0 – submission & oblivion est présenté au PHI jusqu’au 24 mai.



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