Comprendre le mouvement des photos en noir et blanc

Il y a une semaine, j’étais conviée à un brunch au nouveau condo de ma cousine. Je m’étais maquillée et j’avais mis une nouvelle robe dans laquelle je me sentais belle. J’en ai profité pour demander qu’on me prenne en photo. Lundi soir, j’ai décidé de la partager sur Instagram.

C’est en ouvrant l’application que j’ai remarqué que plusieurs femmes que je suivais avaient publié une photo d’elles en noir et blanc, avec des mots-clics comme #challengeaccepted ou #womensupportingwomen. Je trouvais ça beau et puissant, alors j’ai décidé de mettre un filtre similaire sur mon portrait et de l’accompagner de la mention #womenelevatingwomen.

Mardi, alors que le mouvement avait pris encore plus d’ampleur, une publication virale s’est rendue à mes yeux.

Je me suis trouvée poche d’avoir partagé trop vite ma photo… Mais dans le temps de le dire, j’ai également lu ceci:

Cette dernière publication m’a fait réaliserque celle de beelzeboobz aurait dû me soulever des questionnements à la base. Moi qui enseigne l’utilisation de sources fiables à des élèves du secondaire, j’aurais dû contrevérifier cette publication provenant d’un instagrammeur inconnu. Je suis donc allée lire l’article de Taylor Lorenz (en anglais) sur le site du New York Times, qui est à la base une source crédible et qui cite en plus de nombreux experts.

Pour résumer l’article, le « défi » aurait des origines en 2016, alors qu’une tendance similaire visait à sensibiliser les gens à la cause du cancer. Dans la symbolique, les portraits en noir et blanc évoquent les images de personnes décédées, d’où l’idée de sensibilisation. Dans les dernières années, des chaines de photos similaires reviendraient périodiquement, pour différentes causes ou simplement pour apporter du positivisme. Dans son article, Mme Lorenz cite Cristine Abram, spécialiste en communications et marketing, qui indique que la vidéo virale de la politicienne américaine Alexandria Ocasio-Cortez répondant à une remarque sexiste, datée du 23 juillet 2020, aurait pu être un catalyseur de la tendance qui a suivi aux États-Unis dans les jours suivants. L’empowerment féminin est clairement le fil conducteur de toutes les publications liées au mot-clic #challengeaccepted, auxquelles de nombreuses vedettes américaines ont participé.

Donc, au Québec, en 36 heures à peine, un élan qui semblait sincère et positif s’es vu jeter de l’ombre par toutes ces informations contradictoires. L’article du New York Times critique aussi la superficialité du geste, puisque cela n’équivaut pas à une réelle prise de position, dans la plupart des cas, mais donne l’impression que oui. Il évoque également d’autres points négatifs, comme le manque d’inclusion dans le mouvement.

Véronique Cloutier, une des premières personnalités connues à avoir partagé une photo lundi et incité d’autres à faire de même, a d’ailleurs partagé les publications de beelzeboobz et taylorlorenz en actualité, avant de supprimer sa photo en noir et blanc. J’ai moi-même feelé cheap, mais j’ai réfléchi et j’en suis venue à la conclusion que ce ressac négatif est dommage, puisque j’ai vu beaucoup de messages inspirants dans les publications des Québécoises ayant pris part au mouvement. Comme plusieurs, je l’ai joint alors que j’ignore ces chaines habituellement.

Par ailleurs, je trouve que cette vague tombait à point. Dans les dernières semaines, je constate que les fxmmes en ont pris leur claque pour plusieurs raisons:

  • une pandémie qui a fait en sorte que la majorité des personnes au front, à la maison à s’occuper des enfants et à faire l’école à distance étaient féminines;
  • le meurtre de Breonna Taylor et le mouvement Black Lives Matter;
  • la troisième vague de dénonciations de violences sexuelles au Québec;
  • les meurtres des fillettes Norah et Romy Carpentier;
  • la haine omniprésente sur les réseaux sociaux.

…pour ne citer que quelques-unes qui m’ont touchée personnellement. Et j’ajoute à cela des millénaires de violence. Les réseaux sociaux sont surtout laids ces temps-ci, alors c’était l’fun de voir du beau et de la solidarité pendant quelques heures.

Bref, on peut-tu avoir un criss de break? Évidemment, on va continuer de s’informer pour s’améliorer et éviter de contribuer à des systèmes d’oppression. Mais est-ce qu’on peut partager une photo et encourager nos soeurs sans se sentir mal?

J’ai gardé ma publication sur Instagram, en supprimant la légende. Je me trouve belle, comme toutes ces autres qui ont partagé leur portrait ces derniers jours, et toutes celles qui ne l’ont pas fait aussi.

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